Hommage à Jacob Kaplan, juif patriote

Une stèle érigée à la mémoire de Jacob Kaplan a été inaugurée vendredi dans le square de la place de la Liberté à Mulhouse. Un hommage à ce Grand Rabbin qui a occupé son tout premier poste dans la cité du Bollwerk de 1922 à 1929 et qui voyait depuis son logement le parc verdoyant…

Hier matin, la stèle érigée à ta mémoire de Jacob Kaplan a été inaugurée dans le square de la place de la Liberté à Mulhouse, par le grand rabbin de France Haïm Korsia et le président du conseil constitutionnel Jean-Louis Debré.

« Qui mieux que le grand rabbin Jacob Kaplan pourrait symboliser autant la foi juive que l’amour de la France ? » interroge Patrick Hirs­chhorn, président de la commu­nauté israélite de Mulhouse, en introduction à la cérémonie qui s’est déroulée hier matin dans le square de la place de la Liberté, avant le dévoilement d’une stèle à la mémoire de celui qui fut grand rabbin de France (1955-1981) et qui a occupé son tout premier poste de rabbin à Mulhouse, de 1922 à 1929. Ses-aînés, Lazare et Francis, sont nés dans la cité du Bollwerk et le plus âgé, qui n’avait que trois ans lorsque la famille a rejoint Pa­ris, a encore un vague souvenir de la place de la Liberté sous ta neige, grâce à une vieille photo où il fait de la luge…

« Dès son élection en juin dernier, j’ai profité de mon message de féli­citations au grand rabbin Haïm Korsia pour lancer l’idée de com­mémorer le 20e anniversaire de la disparition de Jacob Kaplan ici à Mulhouse », poursuit Patrick Hirs­chhorn. Haïm Korsia qui voue une grande admiration à son prédéces­seur, lui a consacré sa thèse d’his­toire. « C’est un moment d’une réelle grande émotion, 20 ans après le décès du grand rabbin Ja­cob Kaplan, souligne Haïm Korsia. La Bible nous apprend dans le récit de la mort de Jacob à la fin de la Genèse que Jacob n’est pas mort… Qu’à chaque fois qu’une parole est prononcée en son nom, qu’on change une action en pensant à lui, ses lèvres bougent dans sa tom­be… »

Et de rappeler que c’est bien à Mulhouse, au sein de sa toute pre­mière communauté, que Jacob Ka­plan s’est construit. Qu’avec son étiquette de tout jeune rabbin, il avait aussi un peu bousculé cette communauté juive mulhousienne, en demandant au président d’alors de fermer son commerce le jour du Grand Pardon. Haïm Korsia a évo­qué « sa capacité à réenchanter le judaisme » et son profond patrio­tisme, son attachement aux valeurs universelles de la République’ qui l’avait poussé, le jour de l’inau­guration du monument du Hart­mannswillerkopf, à se décaler de l’endroit où l’avait placé le proto­cole pour son discours, sous la croix, pour se mettre sous le dra­peau bleu-blanc-rouge et s’expri­mer au nom de tous les citoyens…

Rappelant les enseignements de Jacob Kaplan, Haïm Korsia invite chacun « à continuer à espérer, croire, aimer, bâtir la France et le judaïsme, réparer les blessures du monde ». Un message qui prend tout son sens en ces temps diffici­les où beaucoup de familles juives de France songent à quitter le terri­toire en raison de la recrudescence de l’antisémitisme.

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Des liens étroits

La présence du président du Conseil constitutionnel Jean-Louis De­bré ne doit rien au hasard. Si dans son allocution, Patrick Hirschhorn a rappelé les liens forts entre les juifs et la République française, la famille Debré a une histoire com­mune avec la famille Kaplan. « Nous sommes là pour honorer un grand Républicain, un patriote, un architecte du dialogue des reli­gions. Pour moi, c’est aussi un petit voyage à l’intérieur d famille, explique Jean-Louis Debré je n’étais pas encore né quand ma grand-mère de 88 ans a été chassée parce qu’elle était fille de rabbin, ce sont des religieuse qui l’ont cachée pour qu’elle ne soit pas envoyée dans les camps ». Remontant encore dans son arbre généalogique, Jean-Louis Debré évoque son arrière-grand-père le rabbin Simon Debré, qui entre 1908 et 1913, fut aussi le maître du très jeune Jacob Kaplan. « La transmission d’un maître à son élève crée des liens de confiance, des liens humains, des liens spirituels, des liens d’affection et le grand rabbin Kaplan a évoqué à plusieurs reprises, plus tard, son maître Simon Debré ».

Avant le dévoilement, de la stèle, Élie Hayoun, rabbin de la communauté israélite de Mulhouse, a prononcé la prière pour la République française. Et le grand rabbin de France a tenu à faire chanter à toute l’assemblée le Chant du départ.

Article intitulé: Hommage à Jacob Kaplan, paru le 07 décembre 2014 à 05:04, sur le journal en ligne Dernières Nouvelles d’Alsace